Lu sur internet un beau texte de Antoine Peillon, voyageur en Béarn, exactement en cette saison.
http://perso.wanadoo.fr/fromveur/terroirs.htm
Au chapitre "Les rêveurs d'ours", dans Terroirs:
Pélut (le berger) me parle alors des ours : « J'ai été voir les deux qui sont dans l'enclos de Borce, mais ils ne sont pas si jolis que ceux qui sont venus ici en juillet 1991. Oh, mais qu'est-ce qu'il était joli celui qui est venu la première nuit ! Ma fille l'a pris en photo. Il devait faire 120 kg peut-être. L'autre, le Familier, était plus petit. La première fois que je l'ai vu celui-là, il hochait la tête d'un côté et de l'autre. Je lui ai crié : "Je vais t'en sortir, de mes brebis !". Alors je lui ai couru après avec la lumière. Il a fait deux sauts et il a disparu. Il allait très vite. Pourtant, quand on l'avait vu, avec ma fille, il marchait tout doucement, tout doucement, au milieu des brebis. Ils sont très malins, ces ours ! Le premier était marron brûlé. Qu'est-ce qu'il était joli, et costaud ! On l'a vu de tête, on l'a vu sur le côté, on l'a vu sur le derrière... Le petit était moins joli. Il avait les jambes écartées, une bosse blanche sur le dos et il baissait la tête.
» Le premier est venu derrière la cabane, le 20 juillet 1991, entre deux et trois heures du matin. Je l'ai vu à un mètre d'ici. Il ne m'a pas fait peur : j'étais tellement content de le voir. Je l'ai regardé opérer. Il était monté sur la brebis et l'a mordue au cou. Elle a bêlé deux fois. Après, il l'a retournée, toujours couché dessus. Il tenait, avec ses pattes avant, les pattes arrières de la brebis. Il lui a dévoré le pis, puis a fait glisser la peau avec ses dents tout le long du corps pour manger la viande. On était à trois ou quatre mètres. On lui a jeté des petits cailloux. Il grognait en relevant la tête et en nous regardant. Il n'est pas venu vers nous. Nous, on a pas eu peur, parce qu'on connaissait les histoires des vieux : l'ours n'a jamais attaqué l'homme, jamais, jamais, jamais !
Plus loin Antoine Peillon du Vercors, nostalgique de ses ours disparus.
Quant au biologiste Georges Érome, il me confiait, il y a peu : « Je suis très content de m'intéresser à la réintroduction de l'ours dans le Vercors, parce que j'y trouve un autre souffle, un autre esprit que dans le Béarn... »
A méditer...


