L’homme et le porc sont prolifiques et tribaux. L’un et l’autre sont malins (mettons que l’Homo sapiens possède, en plus, le tiercé du dimanche et la grenade à fragmentation). Tous deux s’adaptent et convoitent chaque biotope de la Terre. Diurnes ou nocturnes. Capables de tout digérer. Frugivores au petit-déjeuner, charognards à midi, prédateurs au goûter, déterreurs de tubercules au souper. Manger des cadavres et fouiller le sol pour croquer des bulbes ou des racines a dû composer l’essentiel de l’activité culinaire de nos ancêtres du Paléolithique : les cochons continuent. La ressemblance entre le mode de vie des porcs et de nos pères est si troublante que des paléontologues ont confondu les dents des deux espèces. J’ajouterai que, comme les cochons, les hommes sont impossibles à éradiquer dès qu’ils s’installent quelque part.
Enfant, je soupçonnais mon côté cochon. Adolescent, je l’ai admis. Adulte, je le cultive. Non seulement les Dayak de Bornéo et les paléontologues me confirment que j’ai raison, mais des biologistes. L’homme et le porc se ressemblent à tel point que le second remplace le premier dans les tests d’expérimentation pour la conquête de l’espace. Si l’on greffe un jour des coeurs ou des foies d’animaux génétiquement modifiés sur des humains, ce seront des organes de cochons. Si l’on installe des foetus d’Homo sapiens dans des utérus de bêtes, ce sera chez la truie. Je n’ignore pas que certaines religions tiennent le porc pour “impur”. Je me demande si ce n’est pas justement parce qu’il nous est si proche. Je grogne cette humeur en songeant aux belles cuisses de la dame à la laisse de Félicien Rops.
Puis je m’échappe dans la forêt vierge de Bornéo, où je trouve une mare de boue tiède et maternelle, dans laquelle je me vautre avec des “grouik ! grouik !” d’intellectuel à hure de Socrate mal lavé.
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