Modérateurs: chris2so, Ossau.net

Jacques a écrit:J'ai envie de gueuler (donc, je gueule un peu) contre certains propos à mon goût trop "régionalistes" de ceux qui se disent sans arrêt fiers d'être corses, ossalois, pyrénéens, basques, occitans, provençaux, bretons, serbes, croates, alsaciens, bavarois, normands, savoyards, solognots et autres... Vive la diversité culturelle évidemment, mais attention aux dérives à caractère nationaliste.




Alain Lalanne a écrit:Pehache, nous ne venons pas de la planète Mars. Nous héritons d'une culture et de valeurs qui nous ont été transmises par nos ancêtres


sachant que nous sommes ici dans une très vieille démocratie

lou petit a écrit:Pourquoi devons-nous être uniquement fier de ce que l'on fait pehace? Pourquoi ne pas pouvoir être fier d'un patrimoine culturel, de valeurs, d'une éducation par exemple que l'on nous transmet.
Je ne comprends pas pourquoi il faudrait nier et ne pas avoir de sentiment pour quelque chose de passé. Nous nous construisons en partie sur notre passé. Nous sommes en partie fait de l'habitus qu'on nous a transmis et je pense qu'on a tout a fait le droit d'en être fier ( comme de ne pas l'être du reste).

Alain Lalanne a écrit:Nathalie écritsachant que nous sommes ici dans une très vieille démocratie
Je mettrais beaucoup de bémols sur la "démocratie" pratiquée par nos ancêtres.
D'abord au niveau de la famille, avec le droit d'aînesse absolu, qui faisait que l'aîné(e) héritait de tout, les cadets du reste. J'exagère un peu. Une dot leur était constituée, s'ils se mariaient. Sinon ils restaient à la maison, célibataires et domestiques. C'est la raison pour laquelle les cadets partaient souvent tenter leur chance ailleurs (Les fameux cadets de gascogne, souvent Béarnais)
Cette tradition était si contraignante que les Béarnais eux-mêmes ont voté pour l'abolir, en acceptant les lois de la Révolution.
Et les cagots ? Comment accepter la mise à l'écart d'une "race maudite" dans un système démocratique ?
Ce qui est vrai, c'est que le système ossalois était si fort qu'il n'acceptait pas de seigneur, si ce n'est celui de Béarn, avec une place particulière pour la vallée d'Ossau au Parlement de Béarn.
Pehache, je suis globalement d'accord avec toi. Défendre un culture béarnaise figée n'a pas de sens. J'ai aussi pratiqué le contact avec d'autres cultures (asiatiques) pour savoir ce qu'elles peuvent nous apporter.

Dans le bal des célibataires Bourdieu ne traite pas du problème des cadets mais de celui des ainés. Le sujet est l'indadaptation du système du droit d'ainesse dans la société moderne : les célibataires sont les ainés. Autrefois le cadet n'avait comme solution que d'être domestique, soldat ou curé beaucoup ont émigré. Dans les années 60 le cadet ou la cadette passait des concours devenait facteur, travaillait à l'EDF ou à la SNCF, il ou elle devenait employé.
Le système qui favorisait les ainés c'est retourné contre eux. Le cadet qui avait un salaire pouvait proposer une vie décente à une éventuelle épouse, la cadette aussi se mariait en ville. Les cadets et les cadettes sont devenus citadins ou comme on dit aujourd'hui des "rurbains". L'ainé condamné à rester à la ferme par son encombrant héritage ne trouvait pas de jeune fille prête à accepter les conditions de vie de sa mère et de sa grand mère. Même dans son apparence extérieure il avait l'air campagnard, gauche, mal à l'aise dans les bals de village. Bourdieu décrit le drame de ces hommes censés être favorisés dont la vie est imposée.




Alors "tous égaux"? Sans doute pas, la société à classe unique n'ayant jamais existé en Ossau. Prenons tout d'abord le régime successoral. Ici on nage généralement dans le mythe le plus total. D'emblée il est curieux que beaucoup de gens qui écrivent sur la vallée d'Ossauoublient que depuis 1801 le régime successoral en France est celui de l'égalité entre héritiers; je rappelle que selon le régime du code Napoléon, tous les héritiers ont une part égale de l'héritage. Vous me direz qu'ici en Ossau l'aînesse existe encore, c'est vrai, mais quelle aînesse ? Et en quoi est-ce le signe d'une société égalitariste ? C'est même tout le contraire. Si l'un des héritiers est l'héritier universel comme on disair en Béarn, il ne reste aux autres pas grand chose. J'insiste sur la question, parce que très souvent on dit: "Ah oui, mais en Ossau les femmes héritaient" - les fameuses hereteres ossaloises dont les bas de la jupe portaient comme chacun sait un petit liseré les signalant à l'attention des jeunes gens, qui savaient s'ils pouvaient entreprendre des démarches en vue de convoler. Il ya là-dessus une littérature énorme, et on dit: "C'était formidable, ils étaient féministes, c'était sensationnel..." Il faut y regarder de plus près. D'abord c'est vrai que, grosso modo des origines au XVI° siècle, existe le système de l'aînesse intégrale, c'est-à-dire qu'effectivement l'aîné, mâle ou femelle, hérite. Mais il est vrai aussi, la plupart des gens l'oublient, que depuis 1551, en Béarn et en Ossau comme ailleurs, l'aînesse est devenue masculine; et comme le disent tous les testaments ossalois du 16ème, du 17ème, du 18ème siècle, "lou masclo escludin la femelle", - le mâle écarte la femelle -. Alors bien sûr, il y a des héritières, vous en connaissez, mais c'est la solution de désespoir: c'est quand il n'y a que des filles ! Ou alors quand le garçon de la famille est tellement inquiètant pour l'ostau que, comme le disent nos paysans: "L'aîné, mon bon monsieur, on le fait". On choisit un aîné à ce moment-là: cela peut être une fille; si elle est un peu dégourdie, plus dégourdie que le garçon, on la mettra à sa place. Mais ce n'est plus une question de féminisme, l'affaire ne se joue pas entre femme et homme mais sur l'ostau dont on veut assurer la pérénité. Faites donc très attention à ne pas idéaliser.

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