kiki Invité
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Posté le: Ven 08 Sep 2006 13:16 Sujet du message: |
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Bonjour,
Je suis depuis un petit moment les échanges sur ce sujet et je voudrais intervenir sur quelques points.
Nicolas, tu indiques qu'il a été difficile d'obtenir la reconduction des aides au gardiennage pour 2006 et 2007. En effet l'existence des CTE a été fortement remise en cause depuis 2001 et contrairement à ce que tu écris un peu plus bas, je ne pense pas que "les autorités souhaitent aider l'agriculture de montagne". Il me semble même que ce type d'agriculture est la dernière roue du carrosse qui ne se maintient que par la volonté de ses propres acteurs car les attaques sont multiples, non?
C'est justement la raison pour laquelle cette focalisation contre l'ours me semble décalée par rapport aux réalités du monde pastoral.
Par ailleurs, tu parles du nombre de cabannes en Ariège et de leur réhabilitation. On voit par là aussi que "les autorités" (ici départementales) se fichent éperdument des conditions de vie et de travail du milieu pastoral. Quant aux autorités municipales, beaucoup font preuve du seul intérêt spéculatif en doublant ou triplant le coût des baccades (et parfois plus) pour des estives sur lesquelles ils n'ont parfois jamais investis un centime. Par contre, certains de ses représentants jurent et s'affichent résolument "contre l'ours"... Positions médiatiques (et électoralistes) qui n'engagent pas à grand chose car concrètement et depuis des années on ne peut que constater leur inintérêt pour ceux qui travaillent en montagne...
Enfin, je voudrais aborder un argument souvent utilisé: les 35h.
Les agriculteurs dans leur ensemble font bien plus que 35h par semaine. D'autres métiers y sont contraints aussi. Faut-il pour autant considérer que ceux qui travaillent dans un cadre salarié réglementé sont des gens qui bénéficient d'avantages éhontés? Et pourquoi dis-tu "heureusement qu'il y en a qui bossent"?
C'est très irrespectueux pour ceux qui travaillent 35h...et pour ceux qui n'ont pas de boulot.
Ceux qui travaillent 35h officielles peuvent très bien être en dépassement horaire permanent, par exemple. Pour ma part, j'ai plus d'un exemple de conjoints d'éleveurs qui ont une activité salariée de 35h et qui bossent sur l'exploitation en plus; c'est un autre exemple. Ou bien qui font du bénévolat... Ou bien...
Je ne vois pas en quoi un jugement de valeur de cet ordre fait avancer en quoi que ce soit la condition pastorale.
Il est un fait que beaucoup de ceux qui rêvent d'une cohabitation ours/bergers donnent de leur personne et de leur temps pour soutenir une activité pastorale de montagne. Mais ça ne peut que se produire dans le respect mutuel...
Pour en revenir à ces fameuses 35h, c'est un argument ambigüe: Madé, éleveuse en Vallée d'Ossau, argumente ces positions anti-ours, pro-pistes, etc. en réclamant justement les 35h...
Si les bergers de montagne parvenaient un jour à obtenir suffisamment d'avantages sociaux et bossaient effectivement 35h, seraient-ils pour autant considérés comme des fainéants?
Enfin, la guerre des chiffres au Tribunal. En dehors du cadre étroit de la procédure judiciaire, il y a les faits pour lesquels chacun peut se faire une opinion puisque des images peuvent être consultées: http://perso.orange.fr/amisdelours-amopyc/fr3_midipyrenees_arbas_01_04_2006/fr3_midipyrenees_arbas_01_04_2006.wmv
Comme tout recours en Justice les plaignants présentent des chiffres et des demandes de dommages et intérêts qui sont systématiquement revus à la baisse dans la décision rendue. C'est un "jeu" judiciaire qui s'applique quelle que soit l'affaire jugée.
Quel que soit tout ce qui concerne les dédommagements en tout genre d'ailleurs.
En ce moment, c'est aussi à un jeu de chiffres qu'on assiste concernant les indemnisations de dégâts d'ours, comme chaque année...
Voilà ce que je voulais dire, en toute cordialité.
| Nicolas 09 a écrit: | Bonjour
J’étais absent du forum cette semaine pour cause de déplacement mais je vois que vous avez bien continué cette discussion !
Vu l’ampleur des débats, je ne vais pas répondre à chaque message séparément mais simplement soulever quelques points dans ces échanges qui m’ont particulièrement frappé. Ce n’est pas que je me dérobe à certaines interpellations (je pense que ce n’est pas mon genre) mais mes réponses seraient bien trop longues. Mais dans le courant des temps à venir, nous aurons peut-être l’occasion de revenir dessus.
Quand je parlais des aides au gardiennage, je parlais particulièrement des aides au gardiennage dans le cadre des CTE-estives qui finançaient 32 postes de berger en Ariège de 2001 à 2005. Ces aides étant venus à échéance, le ministère d’agriculture n’avait pas jugé bon de les remplacer (ce qui revenait à supprimer une vingtaine de postes de berger et de vacher). Ce n’est que lorsque nous avons insisté auprès du ministère et dans les médias que nous avons obtenu une prolongation de ces aides pour 2006 (et pour 2007, je viens d’en avoir confirmation). Effectivement, c’aurait été le comble si 20 places de berger avaient été supprimés alors qu’il faudrait au contraire pouvoir augmenter leur nombre.
Les éleveurs de brebis ne gagnent pas tellement bien leur vie (en Ariège, 40% parmi eux pourraient bénéficier au moins partiellement du RMI…), aussi est-il normal que l’état prenne en charge le service rendu à la collectivité qu’est le pastoralisme (voir également plus bas).
Concernant les améliorations des cabanes en Ariège, deux à trois cabanes sont réhabilitées chaque année. Cela généralement sans l’argent de l’ours, mais avec le concours du Conseil Général de l’Ariège. Il faut quand même rappeler que, avec 50 estives gardées (plus celles qui pourraient ou devraient l’être), la dernière cabane serait renouvelée en 2040. En quelque sorte je pourrais dire aux stagiaires vacher et berger qu’ils risquent devoir attendre jusqu’à leur retraite ! Heureusement le ministère s’est engagé à financer un programme ambitieux de construction de cabanes (50 en cinq ans), mais voyons voir ce qui restera du financement une fois passées les élections présidentielles ?
Sur les violences à Arbas, je souhaite me référer au procès en cours contre les dix personnes inculpées. Avec tous les rumeurs, l’intox et les bruits, voici ce qui s’est dit au procès : les dégâts sur Arbas (badigeonnage de la façade de mairie, trois jardinières cassées), M. Arcangeli réclame 40.000 euros ; les huissiers d’en face ont conclu à un montant qui se situe entre 2000- et 3000 euros. Les inculpés ont fait fabriquer un ours en bois pour remplacer celui qui a été brûlé. La plainte déposée par une personne pour violences n’a pas été prise en considération par le tribunal, car le plaignant ne pouvait justifier d’un arrêt de travail. Aucune autre plainte n’a été déposée. Alors on peut bien dire que les terroristes anti-ours ont mis à sac le village, etc., moi je retiendrais surtout que la communication du coté des « assiégés » a été faite de manière extrêmement habile.
Bien sûr ce n’est pas bien de se faire la justice et de casser des jardinières (…). On pourrait également dire que, face à une violence institutionnelle organisée par l’état, face à une communication à outrance avec des budgets gigantesques (l’ADET avec son « grand tisonnier », l’ACP avec son chargé de communication, mais aussi le ministère de l’écologie avec ses porte-paroles, le tout agrémenté de publications en quadrichromie, de sites Internet nickel chrome), les personnes opposées aux lâchers d’ours slovènes ne disposent pas de beaucoup de moyens pour s’exprimer. La désobéissance civile en fait partie. Vous, quand vous trouvez une loi inique, par exemple et à tout hasard la loi sur le CPE, vous n’hésitez pas non plus à descendre dans la rue.
En ce qui concerne la manif organisée d’abord à Luchon puis déplacé sur Toulouse :
Ne cherchez donc pas à justifier un manque d’affluence de la manif pro-ours par la pression des anti-ours ! Le déplacement de Bagnères de Luchon vers Toulouse aurait fait perdre de l’intérêt aux manifestants pro-ours potentiels ? Surprenant ! Pendant des semaines, WWF et autres ONG battaient le rappel des troupes en les attirant avec des transports autobus à prix réduits voire gratuits. Pour un autocar, aller de Strasbourg ou de Suisse à Bagnères ou à Toulouse, c’est à peu près pareil, non ?
On peut imaginer un autre scénario. Les organisateurs de la manif, voyant que la participation annoncée est bien en deçà des espérances (réservation de places dans les transports proposés), utilisent la pression des anti-ours pour déplacer la manif en disant : « C’est à cause de ce déplacement que nous sommes moins nombreux que prévu ». Ainsi, en accusant les anti-ours, on légitime le manque de participants ! La réalité, c’est que peu de monde était intéressé par cette manif, un point voilà tout !
J’étais présent au débat « ours » au festival Résistances. C’est bien le directeur, Marc Saracino, qui a traité les anti-ours de « milices pétainistes ». J‘ai vu que sur ce forum, certains ont pris la défense de ces propos en alléguant que les groupes anti-ours qui s’étaient déplacés à Massat étaient très menaçants. Une petite leçon d’histoire s’il vous plaît. Les milices pétainistes étaient des groupes armés qui pendant le gouvernement Vichy se faisaient les complices des occupants nazis ; ainsi ils ont envoyé à la mort des dizaines de milliers de personnes, juifs, homosexuels, gitans, résistants, communistes, enfin tous ceux qui ne leur convenaient pas. Je trouve qu’il est totalement hors propos de comparer un groupe anti-ours à des troupes para-militaires qui ont le sang de dizaines de milliers de personnes sur leurs mains.
Si Marc Saracino a agi ainsi, c’est qu’il souhaitait boucler le débat et rester entre amis avec les pro-ours ; une belle technique de stalinien !
Effectivement la discussion se resserre autour de la question si le pastoralisme et nécessaire (ou même souhaitable). Faire aussi peu de cas que par exemple pehache dans ses messages est ignorer la genèse du paysage pyrénéen actuel. Depuis 15.000 ans l’homme est présent dans le massif et a créé (avec ses troupeaux de tondeuses) le paysage et la végétation actuels. Vouloir l’ignorer témoigne d’un manque de documentation. Refuser des évidences de ce type, c’est contredire Galilée quand il affirme qu’elle tourne, pourtant ! Merci pour l’obscurantisme…
Le pastoralisme est garant des espaces pastoraux. Si l’on traduit cela en termes de diversité biologique, cela veut dire que la présence de troupeaux domestiques dans les montagnes contribue au maintien des écosystèmes pastoraux ; sinon (j’en ai déjà parlé à plusieurs occasions) les Pyrénées se transformeraient en une gigantesque forêt (c’est déjà en train de se faire) dont seuls les sommets seront coiffés d’une bague de pelouses alpines. Au-dessous de 2400 à 2600 mètres d’altitude, vous errerez soit dans la hêtraie-sapinière, soit dans la pinède à crochets . Alors c’en sera fini des centaines de végétaux endémiques des Pyrénées (c’est-à-dire qui ne poussent qu’ici), mais également des milliers de champignons, mousses, algues, bactéries, invertébrés du sol et autres organismes inféodés à ces habitats pastoraux. Je regrette que des personnes favorables aux lâchers d’ours slovènes (Arcangéli, à tout hasard…) mentionnent souvent le mot « biodiversité », alors qu’ils n’ont pas la moindre idée de ce que cela veut dire. C’est bien le pastoralisme qui est la caution pour cette diversité car il garantit la survie de milliers d’espèces différentes, tandis que le maintien d’un prédateur n’assure la présence que d’un seul jeu de chromosomes (non menacé par ailleurs en Europe avec une population de 15.000 individus).
D’ailleurs, si aujourd’hui, les autorités souhaitent aider l’agriculture de montagne, ce n’est sûrement pas parce qu’elles aiment dilapider les sous si ardemment collectés auprès des contribuables, mais parce que ces actions ont un sens réel. Sans agriculture de montagne, sans pastoralisme, une immense forêt jusqu’à l’étage alpin, cela veut dire aussi que les touristes déserteront les Pyrénées (essayez donc de skier dans un sapinière !). Alors où se situent les bénéfices pour les populations locales ?
Dire que les défenseurs de l’ours sont plus respectueux des hommes et de la nature, voilà un jugement de valeur qui me sidère. Je connais des agriculteurs transhumants qui dépensent tellement d’énergie pour maintenir leur tête (et celle de leur troupeau) hors de l’eau, uniquement parce qu’ils sont passionnés par l’amour du métier, mais encore tout à fait conscients de l’utilité que leur métier a pour la collectivité (sociale et environnementale). Leurs revenus n’ont pas augmenté depuis 25 ans, ils font souvent plus de cent heures de boulot rude par semaine. Je ne sais pas si sur le forum il y en a beaucoup qui peuvent en dire autant. Si les bergers et les éleveurs ne sont pas sur le forum, c’est d’abord parce qu’ils n’ont pas le temps. Alors tous ceux qui tonnent contre le pastoralisme du haut de leurs 35h, de leur RTT, de leurs tickets-resto et de leur treizième mois, conservez un peu de recul et dites vous heureux qu’il y en a encore qui bossent.
Accident de l’ours Palouma : nous ne saurons jamais si la mort de Palouma est un accident ou non. Si le ministère devait annoncer la mort par carabine, ce serait le coup d’arrêt du programme d’introduction. En effet, comment justifier que ces lâchers n’ont pas entraîné l’adhésion des personnes concernées en première ligne, qu’en admettant un échec ?
Cela dit, il est bien triste que les ours font (et feront sûrement encore) les frais des dissensions humaines et de cette petite gué-guerre écolo-pastorale à laquelle on assiste.
Cordialement
Nicolas |
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