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B'izard Touriste

Inscrit le: 22 Aoû 2007 Messages: 6 Localisation: Citoyen du monde à tendance pyrénéenne
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Posté le: Lun 03 Sep 2007 09:16 Sujet du message: A skis dans ALHAS, accident hélas! |
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Ou comment la mort niche dans la corniche (Ode à MAR64PAU)
La montagne … ah, la montagne ! Sa seule évocation, quand on n’y est plus, mouille les yeux. Et quand cette montagne s’appelle PYRENEES, un torrent de souvenirs déferle sous les paupières.
C’était hier. L’air y était serein.
C’était l’hiver. Le rêve y prendrait fin.
Sans étendard, d’Arre je descends.
Planches aux pieds. Le déclin du jour annonce, forcément, ma rentrée imminente. Et, forcément, puisque seul, je ne vais pas rentrer immédiatement.
Planches au dos. Je longe le Soussoueou. Je monte et je descends. Une douce euphorie soulage mes jambes et facilite mon second souffle.
Planches aux pieds. J’atteins la forêt. Là, petit accroc à l’itinéraire, je me détourne par la corniche d’Alhas.
Planches au dos. Le ciel dégagé gèle, sur place, toutes les particules élémentaires libres. Le froid s’intensifie. La neige cède son siège à la glace, plus entreprenante.
Mon élan est coupé par une cascade … de glace. Son parfum me laisse … de marbre. Elle se prolonge dans le néant, un vide de quelques centaines de mètres. Féerie du moment. Je ris au firmament. Mais je ne peux la traverser. Pas équipé. Le demi-tour s’impose.
Je jette un dernier œil sur la jetée dans le vide. Impressionnant. Un MONET l’aurait dessinée dans une splendeur épurée tandis qu’un RAPHAEL en aurait fait sa descente aux enfers. Je suis impressionné et … sauvé ! Oui, sauvé. Dans la cascade, je vois ce qui va m’éviter de l’éviter, puisque je ne peux léviter !
A mi-chemin de l’autre rive, à deux mètres en contrebas, dépasse un bloc rocheux. Oh, il n’est pas très gros, ce bloc, juste de quoi y faire tenir deux demi-pieds côte à côte. Et cela tombe bien, je n’en ai pas plus ! Entouré de glace, bizarrement, il est sec.
Il n’a qu’un seul inconvénient. Il n’est pas à portée de ma guibole. Celle-ci ne mesurant malheureusement pas ces deux mètres salvateurs. Qu’à cela ne tienne, que ce défaut physique soit compensé par ma dextérité à atteindre, par glissade le long de la paroi de verre, ce vaisseau fixe !
C’est ainsi que je me retrouve en train de me positionner sur la cascade, le torse épousant la paroi. Les bras me retiennent, tant bien que mal, au sentier (!). La jambe droite est tendue vers l’appui rocheux. Le tout contrebalancé vers l’arrière par les skis accrochés sur le sac à dos. Le sort en est jeté et les risques calculés : je n’ai pas le droit au loupé ! La gravité doit m’entraîner directement sur la marche pierreuse.
Un! Il est trop tard pour faire machine arrière … Deux! L’excitation est à son paroxysme … Trois! L’adrénaline va faire exploser mon cœur … Go !
Je défais mon étreinte du chemin et me laisse glisser tout en fixant l’objectif. Trente centimètres … mon pied poursuit, comme prévu, sa route … vingt centimètres … la cible se rapproche … dix centimètres … patatras ! … pour une raison encore indéterminée le pied se dérobe de la trajectoire et passe à côté du caillou !
C’est ainsi que je me retrouve en train de couler à vive allure vers les abîmes, les jambes en avant, dans ce néant de glace... !
A suivre ... _________________ "Je ne sais qu'une chose, c'est que je ne sais rien !" |
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tichodrome Touriste intéressé

Inscrit le: 14 Avr 2007 Messages: 24 Localisation: Ici et là
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Posté le: Jeu 06 Sep 2007 18:35 Sujet du message: |
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| La suite, la suite, la suite ! Mais quel casse-cou notre poète naturaliste ! |
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B'izard Touriste

Inscrit le: 22 Aoû 2007 Messages: 6 Localisation: Citoyen du monde à tendance pyrénéenne
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Posté le: Ven 07 Sep 2007 15:27 Sujet du message: |
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Merci, Tichodrome, pour tes encouragements. J'aurais, certainement, le déplaisir d'infirmer tes propos (espérons le le plus tardif possible).
RV le 11 septembre pour la suite, suite, suite ! _________________ "Je ne sais qu'une chose, c'est que je ne sais rien !" |
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chris2so Administrateur


Inscrit le: 13 Mai 2003 Messages: 1181 Localisation: Chapelle de Rousse
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Posté le: Mer 12 Sep 2007 20:28 Sujet du message: Deuxième partie |
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B'izard a écrit | Citation: | Un torrent glacé, une traversée audacieuse, une trajectoire déjouée. Et je glisse ! Je glisse vers l’inconnu, cet inconnu que je ne connais que trop. Je glisse vers le point de non retour. Le temps s’arrête et s’éternise. Je ne pense même pas. Ce pouvoir m’échappe.
Mon visage frôle le navire inatteignable. Je m’enfonce, toujours plus, dans les brumes glaciaires. Sitôt, une courte fenêtre de lucidité s’ouvre et l’instinct de survie ressurgit. Mon bras droit se tend vers le vaisseau de pacotille. Amis annulaire et auriculaire saisissent, au passage … le passage. L’essentiel est acquis. La course effrénée est arrêtée.
Je n’ai que quelques secondes pour décider de mon avenir. Suite à une chute, d’il y a une huitaine de jours, ces deux doigts sont encore endoloris. Ils ne tiendront pas longtemps. La pression est trop considérable. Et la réalité rattrape la métaphore. Je suis, vraiment, à deux doigts de rejoindre les esprits de la montagne.
Les muscles et tendons de mon avant-bras tétanisent rapidement. Je vais lâcher prise ! Mais l’emprise de la drogue de vie m’oblige de surseoir à mes peines. Deux autres doigts s’élèvent au rang d’assesseurs de leurs compagnons d’infortune. Puis la main gauche vient s’asseoir à la gauche de sa droite.
Nouveau court moment de répit. Le plus dur est à venir. Je pendouille toujours mais les mains ventousent la plateforme. Les bras doivent amener le reste du corps sur cette mince pellicule rocheuse. Or, toute ma puissance réside dans les membres inférieurs. Et dans cette séance, ils ne sont que boulets. Je me sens déjà perclus de mille douleurs et … usé. La nécessité de réussir au premier jet est évidente. Je siffle un dernier bol d’air. Je bande tous les muscles du corps. Et je me tire vers le haut.
Mon cerveau ne délivre plus de message. Il est euthanasié par l’effort. Tout n’est plus que réflexe et sauvegarde de mon patrimoine. Les membres supérieurs, dans une lenteur bergmanienne, épuisent l’ultime énergie, celle du désespoir. Maintenant arc-boutés au dessus de la ligne de flottaison du radeau, ils permettent au haut du corps de basculer vers l’avant. Et facilitent la montée de la jambe gauche qui atteint … l’autel de pierre.
De tout mon corps et de toute mon âme, je dresse ma carcasse sur le piédestal. De là, je déploie mes langoureux membres passés du stade supérieur au stade négligeable. L’étreinte d’avec l’autre rive est douloureuse mais signe la fin du calvaire. Je soulève une dernière fois mes quatre-vingts kilos de masse additionnée et m’abandonne sur le chemin … de croix retrouvé.
Je me remets lentement, comme pour savourer le plaisir de pouvoir le faire, sur mes pieds. Je ne réalise pas encore l’événement. Mon regard, alors, se tourne vers la scène des opérations.
La passerelle de pierre me paraît d’une ridicule petitesse ; la cascade de glace devient le glacier perdu des Pyrénées et le vide n’est qu’un puits sans fond ! Un frisson court le long de ma colonne vertébrale et descend dans les membres. Instantanément, possédés par les démons de la forêt, ils entrent dans une transe incontrôlable, tremblent et se tordent en tous sens. Je commence à comprendre ce qui vient de se passer, par où je viens de passer et à côté de quoi je suis passé !
Il me faudra de très longues minutes pour retrouver mes esprits. Et j’espère, j’espère … ne jamais m’en remettre! Car ce jour-là, tel le vin dans le fût de chêne, je me suis encore bonifié. Ce n’était pas ma première rencontre avec les affres de la vie mais ce fut l’une des plus éprouvantes ... et l’une des plus bénéfiques.
On ne peut souhaiter de se retrouver en telle posture et pourtant … les effets sont à long terme ! L’amertume de la vie disparaît. La beauté de toute chose frappe. Et la montagne en sort grandie. C’est, certainement, l’état d’esprit dans lequel se retrouve, aujourd’hui, MAR64PAU. Tu en as, déjà, tiré certains enseignements. Tu en trouveras d’autres et sauras t’en servir à bon escient.
fin |
_________________ @ + chris2so
Sous Etch |
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MAR64PAU Touriste


Inscrit le: 06 Aoû 2007 Messages: 14 Localisation: PAU
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Posté le: Sam 22 Sep 2007 11:27 Sujet du message: |
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A skis dans ALHAS, accident hélas!
J'ai pas tout compris, l'essentiel c'est que tu es en vie.
Peux-tu nous dire si tu as été blessé.
A+ B'izard
Mon site perso : http://pau.pyrenees.64.free.fr |
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B'izard Touriste

Inscrit le: 22 Aoû 2007 Messages: 6 Localisation: Citoyen du monde à tendance pyrénéenne
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Posté le: Lun 24 Sep 2007 11:44 Sujet du message: |
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Blessé dans mon orgueil, certainement. Blessé physiquement, que nenni. Il est des blessures qui nous rendent plus fort. Celle-ci en fut une. Depuis, j’adhère entièrement à cette célèbre maxime qui nous dit que « ce qui ne nous tue pas nous rend plus fort ! ».
Si tu ne dois retenir qu’un message de cette expérience, c’est bien cela. Mais force ne veut pas dire invulnérabilité ou supériorité. Il fut une époque épique, et qui dépasse le cadre des Pyrénées, où je l’ai longtemps cru. Aujourd’hui assagi, je découvre avec des yeux neufs le monde environnant.
Et je partage mes expériences avec mes armes. Certaines aventures ne sont bonnes qu’à vivre et celle d’Alhas en fait sûrement partie. Mais je souhaitais, pour la première fois, la retranscrire comme je l’ai ressentie, en écho à tes péripéties. Avec, apparemment, une arme enrayée … _________________ "Je ne sais qu'une chose, c'est que je ne sais rien !" |
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